Féministe et Chrétienne

L’engagement de Lucetta Scaraffia

"Féministe et Chrétienne", de Lucetta Scaraffia, paru aux éditions Bayard en février 2020 .

L’auteure est professeure d’Histoire à l’Université de Rome, journaliste pour l’Osservatore Romano, la revue du Vatican lu par le clergé du monde entier, et rédactrice de son supplément féminin (et féministe !) Donne Chiesa Mondo (Les femmes, l’Eglise, le Monde), de 2012 à 2017. Rien à voir avec Elle Magasine ou Marie-Claire : ce magasine est un vrai projet culturel et un instrument de réflexion, autour de la place des femmes dans l’Eglise, et dans le monde 🙋‍♀️💪

Sans être un manifeste, ni un brûlot militant, ce petit livre est un point d’étape : Scaraffia revient sur son engagement dans l’Eglise, la confusion entre service et servitude, et l’invisibilité des femmes dans l’institution cléricale. Un regard éclairé et critique, pour rappeler que "féministe" n’est pas un gros mot réservé aux médias, et que le combat pour les droits des femmes à l’international s’insère dans celui de la justice sociale, un challenge mixte.

Scaraffia s’est heurtée à beaucoup d’opposition au fil de sa carrière, de la part des hommes comme des femmes. Dans l’Eglise catholique,le féminisme a souvent été associé à un militantisme radicale et dangereux, au refus de la maternité, à la guerre des sexes, mis en avant plus ou moins honnêtement par les médias au fil de l’Histoire, d’où la difficulté à imaginer que l’on puisse être catholique et féministe.

L’Historienne italienne nous rappelle pourtant que le mot Féministe est apparu dans le langage courant à la fin du XIXe siècle, et désigne les personnes, homme ou femme, défendant les « droits des femmes », avec une demande de changements au plan juridique (réforme du code civil), politique (le droit de vote pour les femmes par exemple) et historique (la place des femmes danss l’Histoire et la Mémoire). La première vague féministe, dans les années 1890-1920 en Europe, a été entre autres lancée par des chrétiennes engagées auprès des pauvres et des fragiles, pour atteindre une égalité de considération entre les individus. Dénoncer les inégalités entre les sexes ne signifient pas nier leurs différences, au contraire. Aux chrétiens de dépasser le piège de l’idéologie.

Ce livre revient aussi sur les abus sexuels et spirituels dont sont victimes les religieuses, un peu partout dans le monde, pas seulement en Europe. Pour lutter contre ce sujet tabou, le Pape François a remis les points sur les i : Service Oui, servitude Non.

Scaraffia termine son livre sur une parole de St Paul dans la lettre aux Galates : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ »