Comprendre le monde

Relier les générations avec des histoires

« Comprendre le Monde », du rabbin Delphine Horvilleur, édité chez Bayard dans la collection des Petites Conférence, et sorti en février 2020.

Ecrit à partir d’une conférence donnée pour des enfants et leur parents sur le thème "Relier les générations", cet essai s’interroge sur la façon dont nous comprenons le monde, et pour cela, sur la façon dont nous le racontons. Quoi de mieux que les histoires, les contes, les mythes, et les récits bibliques pour transmettre des repères en image ! Le partage des grands textes marquent l’importance d’une continuité, et l’envie de transmettre une culture commune.

Dans son essai, Delphine Horvilleur évoque aussi son métier de Rabbin, le rôle des religions et l’importance des histoires. Pour elle, le lecteur des grands textes fondateurs a entre ses mains un pouvoir de partage et d’interprétation. Elle rappelle que le mot Religion a d’ailleurs 2 racines admises : la première, religare qui a donné re-ligieux = ce qui relit / la deuxième, relegere = capacité de Re-lire.

L’auteur commence par la célèbre formule "Il était une fois", qui résume l’idée d’une continuité à transmettre. On dit "Il était une fois", pas "Il fût une fois". Garder l’imparfait nous permet de raconter une situation qui a pu ou peut se répéter. La Bible est pleine d’Il était une fois, que nous nous rappelons et revivons tous les ans : il était une fois la fuite en Egypte, il était une fois la mort et la Résurrection du Christ, que nous sommes en train de fêter. Pr les prêtres, les imams ou les rabbins, relire les textes, c’est éviter la nostalgie ; éviter d’être dans un rapport au temps, où nous serions coincés entre le « c’était mieux avant » et le fuyant « ce sera mieux demain ».

Delphine Horvilleur ne se positionne pas « pour » ou « contre » un bouleversement des interprétations ou une révolution dans les pratiques religieuses. Au contraire, elle alerte sur un certain communautarisme, de tous bords, et l’importance de la nuance. Elle est aujourd’hui une des 4 femmes rabbin françaises, après avoir étudié aux Etats-Unis de 2003 à 2008. Il n’existait pas alors d’école rabbinique ouverte aux femmes. Elle garde le nom de rabbin, et pas de rabbine, puisque le terme de rabbine sert traditionnellement à désigner la femme du rabbin.

Dans le monde chrétien la problématique de la distance au texte, de l’interprétation, se retrouve aussi, différemment, mais trouve une résonance dans nos quotidien, sur la question de la reconnaissance de la place des femmes par exemple, mais pas seulement : le rapport à la pratique religieuse, à l’accueil de l’étranger, à l’attachement à la tradition... Interpréter ne veut pas dire relativiser ou devenir laxiste, au contraire. Pour Horvilleur, l’important est de comprendre qu’il faut en permanence être ouvert au dialogue, car la nouvelle génération ne sera jamais la copie conforme de l’ancienne : la lecture du monde a besoin d’une mise à jour constante et du fil rouge de nos histoires.

Ce texte court, très accessible et très facile à lire, est disponible sur https://www.bayard-editions.com/rel...

Plus D’informations